30.11.2007

Du bidonville ?

Ca pourrait y ressembler, effectivement : accumulation et assemblages de matériaux de récupération, résidus de constructions sur des terrains résiduels de la ville, par et pour des personnes qui semblent être eux-même les résidus de cette société.

 

Ce qui dérange dans l’idée du bidonville, c’est l’idée d’une insalubrité fixée par état/voie de fait, qui va perdurer et même s’épanouir pour constituer des quartiers, des villages, des villes entières de pauvreté et de misère, de violence, de corruption... Mais la misère galope déjà bien, et le crime est partout, non ?

Autoconstruction !

L’insalubrité ne dure pourtant pas toujours : D. Drummond observe, dans une favela de Sao Paulo, les modes constructifs qui permettent de transformer « l’abri provisoire de 1ère génération » (une pièce unique, construite en « patchwork » de planches, tôles, cartons, assemblés sans coupe…) en « baraque semi-dure» (agrandissement et/ou séparations dans l’espace clos, remplacement des éléments les moins sains par des éléments plus solides et taillés, allègement du toit, renforcement de la structure), à la « maison en dur » (avec souvent un étage et une « vraie » pièce d’eau, construite en briques et en ciment, toit en tuiles).

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Cette transformation de l’abri en baraque, puis en maison, qui s’inscrit, donc, dans une temporalité à long terme, est une forme d’accession à la salubrité ; elle révèle la transformation d’une situation d’urgence à laquelle le constructeur a répondu par une économie de moyens et d’investissement, en un réel « développement durable », dans le sens le plus exact de l’expression.

29.09.2007

Illégalité et insalubrité :

Un bidonville (ou une favela) sucite généralement deux inquiétudes : l’illégalité vis-à-vis du droit de la construction (illégalité de l’occupation du terrain, pas de permis de construire, pas de propriété, pas d’assurance…), et l’insalubrité (manque de moyens financiers, autoconstruction, pauvreté des matériaux mis en œuvre, manque de confort, manque d’équipements sanitaires…).

 

Illégalité et insalubrité : en réfléchissant bien sur ces deux critères, on se rend compte qu’ils sont très intimement liés ; dans son ouvrage « Architectes des Favelas » (ed. Dunod, 1980), D. Drummond observe que le sentiment d’illégalité n’incite pas l’occupant à s’investir dans sa construction.

Pas de propriété foncière = pas de propriété immobilière ; à l’ombre d’une évacuation l’habitant n’investira pas prioritairement dans sa maison, il investira plutôt dans du mobilier ou une télé qu’il pourra revendre ou déménager. Défaut d’investissement = désordres structurels, manques sanitaires, insalubrité, effet d’empilement… tout ça ne donne effectivement pas aux Pouvoirs Publics l’envie de pérenniser l’occupation.

 

Même contat pour P. Percq (Les Habitants Aménageurs, ed de l’Aube, 1994) : « La précarité interdit l’investissement à long terme. C’est pourquoi, dans ces pays [les pays pauvres du Sud], l’affirmation de la nécessité de renforcer le statut d’occupation des habitants prend une forme trviale : il s’agit d’obtenir l’engagement qu’il n’y aura pas d’expulsion massive et, si possible, qu’une forme de propriété du sol ou son usage seront reconnus à ses habitants. »

Abris

Abris :

L’abri, qui protège du vent, de la pluie, du froid, etc… est -à priori- une construction. Mais un abri peut aussi être une cachette où on se met pour passer la nuit, à l’abri de la police, à l’abri des regards, à l’abri du danger.

L’abri n’a pas de persistance, ou n’est pas supposé durer : un abri qui dure devient un domicile.

 

Domicile :

Domicile n’est pas domiciliation ; il ne s’agit pas d’une adresse, d’autant qu’aujourd’hui beaucoup de sans-abris possèdent une domiciliation administrative ; il s’agit donc plutôt de la possibilité d’attribuer à la personne concernée l’usage d’un espace domestique, ou domestiqué, c’est à dire « privatisé ».

 

Chacun exerce, biologiquement, quotidiennement, une appropriation de l’espace. Dans son ouvrage « Les SDF et la ville », D. Zeneidi-Henry (Ed. Bréal, 2002) observe que la privatisation de l’espace débute par une domestication de l’environnement par le sommeil : « Le corps sert d’étayage à l’espace domestique. L’intimité du sommeil établit les marqueurs de l’espace privatisé. Le lien entre le territoire et l’homme endormi est puissant et sacré. »

 

Le domicile commence avec le corps, et prendre domicile c’est choisir le lieu où on va se coucher : un banc, un bout de trottoir, un hall d’immeuble… Si beaucoup de SDF usent d’un territoire, celui où faire la manche, où passer sa journée, la plupart d’entre eux ne possèdent « légalement » pas d’espace domestique privé, pas de domicile.

 

Fixe :

Synonymes : immobile, immuable, invariable, persistant, stable.

Dans le terme « domicile fixe » il y a bien sûr l’idée d’une persistance dans l’usage d‘un domicile. Un « domicile fixe » est un espace domestique stabilisé, ce qui nous ramène à la question de la légitimité -ou de la légalité- de l’usage du territoire : «  Chez moi » veut dire « au sein de l’espace que je possède ».

Mais on pourrait aussi considérer le sens de fixité physique qui, appliquée au domicile, ouvrirait sur une dimension architecturale, voire immobilière : parmi les synonymes de « fixer » : attacher, clouer, coller, stabiliser, visser… nous ramènent à un champ lexical constructif.

SDF et sans-abris

Parmi la population qu’on regroupe sous le label global SDF, il y a une multitude de personnes qui n’ont pas eu le même « parcours résidentiel », qui n’ont pas la même histoire, ne sont pas confrontées aux mêmes situations, et qui n’ont donc pas les mêmes méthodes ni la même débrouillardise pour s’en sortir -ou tout simplement pour vivre.

Il y a par exemple des gens qui vont dormir au CHU ou à l’hôtel ; certains se sont constitué un réseau assistanciel, d’autres s’organisent en regroupements culturels ou « ethniques », squatts, foyers, regroupements de caravanes… Certains sont en attente de relogement, d’autres y ont résolument renoncé ; après un certain temps beaucoup finissent par trouver refuge dans les recoins de la ville, sur les trottoirs, dans les gares, ou sur les bouches d’aération du métro… ce sont des sans-abris.